Thérapie de remplacement hormonal : bienfaits, risques et suivi

Thérapie de remplacement hormonal : bienfaits, risques et suivi

La ménopause n’est pas une maladie, mais elle peut transformer la vie quotidienne. Les bouffées de chaleur qui vous réveillent à 3 heures du matin, la fatigue qui ne part pas, les sautes d’humeur, la sécheresse vaginale… Ces symptômes ne sont pas normaux, et ils ne doivent pas être ignorés. Pour des millions de femmes, la thérapie de remplacement hormonal (TRH) est une solution efficace - mais elle n’est pas sans risques. Le vrai enjeu ? Savoir si elle est adaptée à vous, à quel moment, et comment la suivre correctement.

Qu’est-ce que la TRH, vraiment ?

La TRH remplace les hormones que votre corps arrête de produire après la ménopause, principalement l’œstrogène, et parfois la progestérone. Ce n’est pas un traitement « magique » : c’est un outil médical, comme un antihypertenseur ou un antidouleur. Elle existe en plusieurs formes : comprimés oraux, patchs, gels, anneaux vaginaux, ou implants. Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Par exemple, un patch d’œstrogène appliqué sur la peau évite la digestion, ce qui réduit les risques de caillots sanguins comparé à un comprimé avalé. Les gels comme EstroGel, à 0,06 % d’œstrogène, envoient directement l’hormone dans le sang. Pour les femmes avec un utérus, on ajoute une forme de progestérone - souvent la micronisée, plus naturelle - pour protéger la muqueuse utérine et éviter un cancer.

Les bienfaits concrets, pas juste des promesses

Les femmes qui commencent la TRH avant 60 ans ou dans les 10 ans suivant la ménopause en tirent des bénéfices clairs, prouvés par des études de grande envergure comme l’Étude de l’Initiative pour la santé de la femme (WHI). Voici ce que la science confirme :

  • Bouffées de chaleur et sueurs nocturnes : La TRH réduit ces symptômes de 80 à 90 %, contre 50 à 60 % pour les antidépresseurs comme les ISRS. Pour beaucoup, c’est une libération totale.
  • Prévention des fractures : La TRH diminue le risque de fracture de la hanche ou du poignet de 34 % par rapport à un placebo. C’est plus efficace à court terme que les bisphosphonates, surtout pour les femmes jeunes en post-ménopause.
  • Santé cardiovasculaire : Si vous commencez la TRH avant 60 ans, votre risque de maladie coronarienne baisse de 32 %. C’est une protection réelle, pas une hypothèse.
  • Sécheresse vaginale : Les anneaux comme Estring ou les comprimés Vagifem, à faible dose, soulagent directement la muqueuse vaginale sans affecter le reste du corps.

Les femmes qui ont essayé la TRH avec un bon suivi rapportent souvent un retour à une qualité de vie qu’elles croyaient perdue. Une étude de la Kronos Early Estrogen Prevention Study (KEEPS) en 2016 a montré que 78 % des participantes avaient vu leurs bouffées de chaleur disparaître en trois mois.

Les risques : ce qu’on ne vous dit pas toujours

La TRH n’est pas sans danger. Le grand choc a été l’étude WHI de 2002, qui a révélé un lien entre la TRH combinée (œstrogène + progestérone) et une augmentation du risque de cancer du sein. Depuis, les données se sont précisées. Voici ce qu’il faut vraiment savoir :

  • Cancer du sein : L’augmentation du risque est faible. Pour 10 000 femmes qui prennent une TRH combinée pendant un an, il y a environ 8 cas supplémentaires de cancer du sein. Ce risque augmente avec la durée d’utilisation - mais il redescend après l’arrêt. Les patchs ou gels semblent moins associés à ce risque que les comprimés.
  • Caillots sanguins : Les comprimés oraux augmentent le risque de thrombose veineuse (phlébite, embolie pulmonaire) de 2 à 3 fois par rapport aux formes transdermiques. Le risque absolu reste bas : 3,7 cas pour 1 000 femmes-an, contre 1,3 cas avec les patchs.
  • Cancer de l’utérus : Sans progestérone, l’œstrogène seul peut causer un hyperplasie (épaississement anormal de la muqueuse). C’est pourquoi les femmes avec un utérus doivent toujours prendre une forme de progestérone. La micronisée (naturelle) est préférée car elle semble moins stimuler le tissu mammaire.
  • Accidents vasculaires cérébraux : Le risque est légèrement plus élevé avec les comprimés, surtout chez les femmes âgées ou hypertendues. Les patchs réduisent ce risque de 30 à 50 %.

Le plus important ? Ces risques ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Si vous avez déjà eu un caillot, un cancer du sein, ou des maladies du foie, la TRH est contre-indiquée. Si vous êtes en bonne santé, active, et que vos symptômes vous détruisent la vie, les bénéfices peuvent largement l’emporter.

Scène divisée : un patch hormonal sécurisé à gauche, des comprimés oraux risqués à droite, dans un paysage urbain crépusculaire.

Comment savoir si vous êtes une bonne candidate ?

Ce n’est pas une question de « oui » ou « non ». C’est une question de quand, comment, et pour qui.

Les sociétés médicales comme la North American Menopause Society (NAMS) et la Société Endocrinologique recommandent la TRH pour :

  • Les femmes de moins de 60 ans
  • Celles qui sont dans les 10 premières années après la ménopause
  • Celles qui ont des symptômes modérés à sévères (bouffées de chaleur, troubles du sommeil, sécheresse vaginale)
  • Celles sans antécédents de cancer du sein, de caillots sanguins, ou de maladie cardiovasculaire

Si vous avez plus de 60 ans ou que vous avez arrêté vos règles il y a plus de 10 ans, la TRH n’est généralement pas recommandée pour la prévention des maladies. Mais elle peut encore être utile pour soulager les symptômes persistants, à condition d’être bien surveillée.

Les formes de TRH : pourquoi le choix du mode d’administration compte

Pas toutes les TRH sont égales. Le mode d’administration change tout.

Comparaison des formes de TRH
Forme Avantages Inconvénients Risque de caillot
Comprimé oral Facile à prendre, bon marché Effets sur le foie, risque de caillots plus élevé Élevé (3,7/1000/an)
Transdermal (patch/gel) Évite le foie, risque de caillots réduit de 60 % Peut irriter la peau, plus cher Faible (1,3/1000/an)
Vaginal (anneau, comprimé) Agit localement, peu d’hormones dans le sang Ne soulage pas les bouffées de chaleur Très faible
Progestérone micronisée Moins de risque de cancer du sein que les progestatifs synthétiques Peut causer de la somnolence Ne modifie pas le risque de caillot

Les experts comme le Dr Jessica L. Chan, de Cedars-Sinai, recommandent désormais de commencer par un patch ou un gel d’œstrogène à faible dose, surtout si vous avez des facteurs de risque pour les caillots. Pour la progestérone, la micronisée (naturelle) est préférée à la progestérone synthétique comme le médroxyprogestérone.

Comment suivre la TRH ? Le protocole simple

Une fois que vous avez commencé, vous ne pouvez pas juste oublier. Voici ce qu’exige un suivi correct :

  1. Avant de commencer : Examen gynécologique, mammographie, tension artérielle, poids, analyse du taux de cholestérol.
  2. À 3 mois : Vérification des symptômes, saignements anormaux, pression artérielle, douleurs mammaires.
  3. Chaque année : Mammographie, examen des seins, tension, poids, discussion sur la qualité de vie.
  4. Si saignements anormaux : Après 6 mois, une échographie pelvienne ou une biopsie de l’endomètre est nécessaire.

Beaucoup de femmes arrêtent la TRH parce qu’elles ont des saignements irréguliers au début. C’est normal pendant les 3 à 6 premiers mois. Mais si ça dure plus longtemps, il faut investiguer - ce n’est pas « juste un effet secondaire ». C’est un signal.

Un groupe de femmes dans un jardin au coucher du soleil, des lumières douces s'élèvent de leurs traitements hormonaux.

Les mythes qui persistent

On entend encore dire que « les hormones naturelles sont plus sûres ». Ce n’est pas vrai. Les hormones « bioidentiques » préparées sur mesure (compounded) ne sont pas mieux étudiées que les formes standard. La Société Endocrinologique affirme clairement : « Il n’existe aucune preuve que les hormones bioidentiques soient plus sûres ou plus efficaces. » Elles peuvent même être plus dangereuses, car leur dosage n’est pas contrôlé.

Autre mythe : « La TRH cause le cancer du sein. » Non. Elle augmente légèrement le risque chez certaines femmes - mais elle réduit aussi le risque de fracture, d’infarctus, et améliore la qualité de vie. La question n’est pas « est-ce dangereux ? » mais « est-ce plus dangereux que de ne rien faire ? »

Et maintenant ? Ce que disent les dernières données

En septembre 2022, la FDA a mis à jour les étiquettes des traitements hormonaux. Elle a retiré les avertissements généraux qui faisaient peur depuis 2003. Pourquoi ? Parce que les données montrent que pour les femmes jeunes en post-ménopause, les bénéfices l’emportent largement sur les risques. Le message est clair : la TRH n’est pas un poison. C’est un outil mal compris.

Le marché de la TRH redémarre. En 2022, 15,7 millions d’ordonnances ont été délivrées aux États-Unis - presque autant qu’en 2001. En Europe, jusqu’à 28 % des femmes en post-ménopause la prennent. En France, les prescriptions augmentent aussi lentement, mais les médecins commencent à mieux comprendre les nouvelles lignes directrices.

La recherche avance. Des études comme celles de la revue Pharmacogenomics en 2023 montrent que certains gènes (comme CYP1B1) influencent comment votre corps métabolise l’œstrogène. Dans le futur, on pourra peut-être adapter la dose à votre ADN. Pour l’instant, on se contente de la dose la plus faible possible, pour la durée la plus courte nécessaire.

Que faire si vous hésitez ?

Si vous avez des symptômes gênants et que vous avez moins de 60 ans, ou que vous êtes dans les 10 ans suivant la ménopause, parlez-en à votre médecin. Ne vous laissez pas décourager par les peurs du passé. Posez ces questions :

  • Est-ce que je suis une bonne candidate selon les nouvelles lignes directrices ?
  • Devrais-je commencer par un patch ou un gel plutôt qu’un comprimé ?
  • Quelle dose minimale peut-on essayer ?
  • Quels sont les signaux d’alerte que je dois surveiller ?

La TRH n’est pas pour tout le monde. Mais elle est pour beaucoup plus de femmes qu’on ne le pense. Elle ne sauve pas la vie - mais elle peut la rendre vivable.

La TRH fait-elle grossir ?

Non, la TRH ne fait pas grossir directement. Mais la ménopause ralentit le métabolisme, et sans hormone, la graisse abdominale augmente naturellement. La TRH aide à maintenir une répartition plus saine des graisses. Certains effets secondaires comme la rétention d’eau peuvent donner une impression de gonflement, mais ce n’est pas un gain de poids réel. Le poids dépend surtout de l’alimentation et de l’activité physique.

Puis-je prendre la TRH si j’ai eu un cancer du sein ?

Non. La TRH est absolument contre-indiquée si vous avez eu un cancer du sein hormono-dépendant. Même les formes transdermiques ou locales sont déconseillées. Il existe d’autres traitements non hormonaux pour les bouffées de chaleur, comme la gabapentine ou certains antidépresseurs. Parlez-en à votre oncologue.

Combien de temps faut-il prendre la TRH ?

Il n’y a pas de durée fixe. La règle est : la dose la plus faible pour la durée la plus courte nécessaire. Pour les symptômes vasomoteurs, la plupart des femmes arrêtent après 3 à 5 ans. Pour la prévention des fractures, on peut envisager jusqu’à 7 à 10 ans si les bénéfices l’emportent. Il faut réévaluer chaque année. Si vos symptômes ont disparu, on peut arrêter progressivement.

La TRH protège-t-elle contre la démence ?

Les données sont contradictoires. Certaines études montrent un risque réduit de démence si la TRH est commencée avant 60 ans. D’autres ne trouvent aucun effet. La Société Européenne de Gériatrie ne recommande pas la TRH pour prévenir la démence. L’effet protecteur, s’il existe, est probablement limité aux femmes qui commencent très tôt après la ménopause.

Les hormones naturelles sont-elles meilleures que les synthétiques ?

Pas nécessairement. Les hormones « naturelles » vendues en pharmacie (comme l’estradiol micronisé ou la progestérone micronisée) sont identiques à celles de votre corps. Les hormones « sur mesure » préparées dans des laboratoires de préparation (compounded) ne sont pas réglementées de la même manière. Leur dosage peut varier d’un lot à l’autre. La Société Endocrinologique et la FDA ne les recommandent pas, car il n’y a aucune preuve qu’elles soient plus sûres - et elles peuvent être plus risquées.