Comment gérer le risque de surdose pendant les vagues de chaleur et les maladies

Comment gérer le risque de surdose pendant les vagues de chaleur et les maladies

Quand les températures dépassent 24°C, le risque de surdose augmente de façon significative - pas seulement pour les personnes qui utilisent des drogues, mais pour celles qui prennent aussi des médicaments pour des troubles mentaux ou cardiaques. Ce n’est pas une coincidence. La chaleur change la façon dont votre corps traite les substances, et les conséquences peuvent être mortelles.

La chaleur rend les drogues plus puissantes

Quand il fait très chaud, votre corps perd de l’eau. Même une perte de 2 % de votre poids corporel en liquide - ce qui revient à moins d’un verre d’eau - peut augmenter la concentration des drogues dans votre sang de 15 à 20 %. Cela signifie que si vous prenez la même dose que d’habitude, vous en recevez en réalité beaucoup plus. C’est comme si vous aviez overdose sans le vouloir.

Les stimulants comme la cocaïne ou les amphétamines sont particulièrement dangereux. Ils font déjà monter votre fréquence cardiaque de 30 à 50 %. La chaleur ajoute encore 10 à 25 battements par minute. Ensemble, cela peut forcer votre cœur à travailler trop fort, jusqu’à provoquer un arrêt cardiaque. Les études montrent que pendant les vagues de chaleur, les overdoses liées à la cocaïne augmentent de plus de 40 % dans les grandes villes comme New York.

Pour les opioïdes, le problème est différent. La chaleur affaiblit la capacité de vos poumons à respirer profondément. Si vous utilisez de la méthadone, du buprénorphine ou de l’héroïne, votre corps a moins de marge de sécurité. Une simple baisse de 12 à 18 % de la réponse respiratoire peut suffire à faire basculer une utilisation contrôlée en surdose.

Les personnes sans abri sont les plus exposées

En 2020, plus de 580 000 personnes aux États-Unis vivaient à la rue. Près de 38 % d’entre elles avaient un trouble lié à l’usage de substances. Pendant une vague de chaleur, ces personnes n’ont pas accès à la climatisation, à l’eau fraîche, ni même à un endroit sombre et frais pour se reposer.

Les villes sont encore plus chaudes que les campagnes - jusqu’à 5°C de plus à cause de l’effet « îlot de chaleur urbain ». Les trottoirs, les bâtiments et les voitures absorbent la chaleur et la restituent la nuit. Pour quelqu’un qui dort dehors, il n’y a pas de répit. Ceux qui utilisent des drogues en plein air sont souvent isolés, et personne ne les voit s’effondrer.

Les centres d’hébergement, souvent surpeuplés, refusent parfois d’accueillir les personnes qui utilisent des substances - même pendant une crise. Cela force beaucoup à rester dehors, sans protection. À Phoenix, en 2022, des bénévoles ont fait plus de 12 000 visites de contrôle pendant la canicule. Ils ont sauvé 287 vies grâce à la naloxone et à l’hydratation rapide.

Des personnes sans-abri sous une lampe de rue, une trousse de naloxone à portée de main, une brume fraîche s'élève près d'une fontaine.

Les médicaments prescrits aussi sont affectés

Vous ne pensez peut-être pas que vos pilules pour l’anxiété, la dépression ou la schizophrénie peuvent être dangereuses à la chaleur. Pourtant, 70 % des antipsychotiques et 45 % des antidépresseurs perdent de leur efficacité ou augmentent leurs effets secondaires quand il fait très chaud.

Le lithium, par exemple, est un traitement courant pour les troubles bipolaires. Il est éliminé par les reins. Quand vous transpirez beaucoup, vos reins retiennent plus de lithium - ce qui peut conduire à une intoxication. De même, le buprénorphine, utilisé pour traiter la dépendance aux opioïdes, a une biodisponibilité réduite de 23 % à plus de 30°C. Cela signifie que les personnes qui suivent un traitement peuvent ressentir des symptômes de sevrage - et risquent de reprendre de la drogue pour se sentir mieux.

Les médecins doivent adapter les doses pendant les vagues de chaleur. Mais trop souvent, ils ne sont pas informés. Seuls 12 États américains ont intégré les troubles liés à l’usage de substances dans leurs plans d’urgence climatique. En France, cette prise en compte reste presque inexistante.

Comment réduire le risque - des gestes simples qui sauvent

Il n’y a pas de solution unique, mais plusieurs gestes concrets peuvent réduire le risque de mort.

  • Diminuez votre dose de 25 à 30 % pendant les fortes chaleurs. Même si vous vous sentez bien, votre corps ne réagit pas comme d’habitude.
  • Hydratez-vous régulièrement : une tasse d’eau fraîche (50-60°C) toutes les 20 minutes. Pas de boissons sucrées, pas d’alcool. L’eau est la seule chose qui aide.
  • Évitez les endroits chauds : les parkings, les terrasses, les rues sans ombre. Cherchez des endroits climatisés : bibliothèques, centres commerciaux, centres communautaires.
  • Ne consommez jamais seul. Si quelqu’un est avec vous, il peut appeler les secours ou administrer la naloxone si nécessaire.
  • Emportez toujours une dose de naloxone - et assurez-vous que vos proches savent comment l’utiliser. La naloxone ne guérit pas la surdose, mais elle peut vous donner 5 minutes pour appeler les secours.

Les organisations de réduction des risques à Philadelphie et à Vancouver ont distribué des kits de refroidissement : gels réfrigérants, écharpes humidifiées, sachets d’électrolytes. Résultat ? Une baisse de 17 à 34 % des overdoses liées à la chaleur.

Un professionnel de santé remet un kit de survie à une personne sous une lumière douce, des particules d'eau et de médicaments flottent autour.

Que faire si vous voyez quelqu’un en difficulté ?

Si une personne est inconsciente, ne respire pas ou respire très lentement :

  1. Appelez immédiatement les secours (15 ou 112 en France).
  2. Administrez la naloxone si vous en avez - même si vous n’êtes pas sûr qu’il s’agit d’une surdose opioïde. Cela ne fait pas de mal.
  3. Tenez la personne sur le côté, en position latérale de sécurité - pour éviter qu’elle s’étouffe.
  4. Ne la laissez pas seule. Même si elle reprend conscience, elle peut replonger dans un état critique.

Ne cherchez pas à la réveiller avec de l’eau froide ou en la secouant. Cela ne fonctionne pas, et ça peut aggraver la situation. La priorité : maintenir la respiration, attendre les secours.

Le système échoue - mais vous pouvez agir

Seuls 28 % des plans d’urgence climatique dans les villes américaines mentionnent les personnes qui utilisent des drogues. En France, les politiques publiques ignorent presque totalement ce lien. Pourtant, les données sont claires : la chaleur tue plus de personnes par surdose que par coup de chaleur directe.

Les solutions existent. Des centres de repos climatisés, des distributeurs d’eau en libre-service, des formations aux gestes de premier secours pour les bénévoles. Mais elles ne se mettent pas en place sans pression citoyenne.

Vous pouvez aider :

  • Parlez-en à votre centre de santé ou à votre association locale.
  • Proposez de distribuer des kits de survie (eau, naloxone, gels refroidissants) avec les distributeurs de seringues.
  • Signalez les endroits où les personnes sans abri sont exposées à la chaleur - et demandez qu’ils soient inclus dans les plans de secours.

La chaleur ne discrimine pas. Mais les systèmes, eux, le font. Ce n’est pas un accident si quelqu’un meurt pendant une vague de chaleur. C’est un échec collectif. Et vous pouvez être celui qui change cela.

Pourquoi le risque de surdose augmente-t-il pendant les vagues de chaleur ?

La chaleur force votre corps à transpirer, ce qui réduit votre taux d’eau. Moins d’eau dans le sang signifie que les drogues sont plus concentrées - comme si vous en aviez pris plus. En même temps, la chaleur augmente la pression cardiaque et diminue la capacité respiratoire. Pour les stimulants, cela peut provoquer un arrêt cardiaque. Pour les opioïdes, cela peut arrêter la respiration. Même une dose habituelle peut devenir mortelle.

Les médicaments prescrits sont-ils aussi dangereux à la chaleur ?

Oui. De nombreux médicaments pour la santé mentale - comme les antipsychotiques, les antidépresseurs ou le lithium - deviennent plus toxiques ou moins efficaces quand il fait très chaud. Le corps ne les élimine plus comme d’habitude. Cela peut entraîner une intoxication ou un sevrage brutal, poussant certaines personnes à reprendre des drogues pour se sentir mieux.

Faut-il arrêter de consommer pendant une vague de chaleur ?

Ce n’est pas toujours possible. Mais réduire votre dose de 25 à 30 %, boire beaucoup d’eau, ne pas consommer seul, et avoir de la naloxone à portée de main peuvent réduire considérablement le risque. L’objectif n’est pas de juger, mais de survivre.

Où puis-je trouver de la naloxone en France ?

La naloxone est disponible gratuitement dans les centres de réduction des risques, les pharmacies (sur prescription ou sans ordonnance depuis 2023), et certains hôpitaux. Des associations comme ATOUT ou SOS Addictions la distribuent aussi. Aucune autorisation n’est requise. Si vous ou un proche utilisez des substances, demandez-la - elle peut sauver une vie.

Comment aider quelqu’un qui utilise des drogues pendant une canicule ?

Vérifiez régulièrement s’il va bien. Offrez-lui de l’eau. Proposez-lui un endroit frais. Ne le jugez pas. Si vous le trouvez inconscient, appelez les secours, administrez la naloxone si vous en avez, et mettez-le en position latérale de sécurité. Votre geste peut être le seul qui le sauve.