Depuis le 1er janvier 2026, des changements majeurs ont touché la façon dont les médicaments coûteux sont payés par Medicare aux États-Unis. Pour la première fois, le gouvernement fédéral peut négocier directement les prix de certains médicaments avec les fabricants. Ce n’est pas une simple réduction de tarif : c’est un changement de système. Avant, Medicare ne pouvait pas négocier. Les assureurs privés le faisaient, mais souvent sans pouvoir imposer des prix bas. Maintenant, le gouvernement entre en scène - et les résultats sont tangibles.
Comment ça marche, concrètement ?
Le programme de négociation des prix des médicaments, créé par la loi sur la réduction de l’inflation de 2022, s’applique d’abord aux médicaments de la partie D de Medicare (ceux que les patients prennent à la pharmacie). Il ne concerne que les médicaments sans générique ni biosimilaire, et seulement après sept ans d’approbation par la FDA (ou onze ans pour les biologiques). En 2026, dix médicaments ont été sélectionnés : Eliquis, Jardiance, Xarelto, entre autres. Ce sont des traitements très utilisés, pour les caillots sanguins, le diabète ou l’hypertension.
Le processus est rigoureux. En février 2024, les responsables de Medicare ont envoyé une offre initiale à chaque fabricant. Cette offre était basée sur plusieurs critères : le prix que les autres assureurs paient, le coût des alternatives thérapeutiques, et les données cliniques. Les fabricants avaient 30 jours pour répondre. Ensuite, trois réunions de négociation ont eu lieu entre mars et juillet 2024. À la fin, les prix ont été fixés. Résultat ? Des réductions entre 38 % et 79 % par rapport aux prix précédents. Pour Eliquis, qui coûtait plus de 6 milliards de dollars à Medicare en 2022, la baisse a été de plus de 60 %.
Les assureurs privés aussi profitent… indirectement
Vous pensez que ce changement ne concerne que les seniors ? Pas du tout. Les assureurs privés - ceux qui offrent des plans de santé ou des couvertures pharmaceutiques - ne négocient pas directement avec le gouvernement. Mais ils bénéficient quand même. Pourquoi ? Parce que les fabricants, une fois qu’ils ont accepté un prix bas pour Medicare, ont tendance à appliquer ce même prix à d’autres assureurs. C’est ce qu’on appelle l’effet « spillover » : une baisse dans un système entraîne une baisse dans les autres.
Une étude de la Stanford Medicine estime que les assureurs privés pourraient économiser entre 200 et 250 milliards de dollars sur dix ans grâce à cet effet. Cela signifie que vos primes d’assurance pourraient baisser, ou que vos déductibles pourraient être moins élevés à long terme. Ce n’est pas une promesse, mais une tendance déjà observée dans d’autres pays où le gouvernement négocie les prix, comme le Canada ou l’Allemagne.
Et si votre médicament n’est pas concerné ?
Le programme ne concerne que 10 médicaments en 2026, 15 en 2027, 15 en 2028, puis 20 chaque année après. Ce n’est pas une révolution immédiate. Mais il y a un effet de levier : les fabricants savent que d’autres médicaments seront bientôt éligibles. Ils commencent déjà à ajuster leurs prix en amont, par peur de devoir négocier plus tard. Certains ont même réduit leurs prix avant même que Medicare n’ouvre la négociation.
En 2026, les médicaments concernés sont ceux qui coûtent le plus cher à Medicare - pas ceux qui sont les plus innovants. C’est un choix délibéré : réduire les dépenses sur les traitements largement utilisés, plutôt que sur les nouvelles molécules. Cela signifie que si vous prenez un médicament récent, vous n’allez pas voir de changement tout de suite. Mais si vous prenez un médicament pour l’arthrite, le diabète ou les maladies cardiovasculaires, vous êtes très probablement concerné.
Les patients : des gains réels, mais pas partout
Les réductions de prix ne se traduisent pas toujours par des économies directes pour les patients. Dans Medicare, les coûts sont partagés entre le gouvernement, les assureurs et les bénéficiaires. Les personnes en phase de « trou de la couverture » (donut hole) voient le plus de bénéfices : leurs paiements personnels baissent fortement. Mais celles en phase catastrophique - celles qui ont déjà dépassé le plafond annuel de dépenses - ne voient pas de changement significatif, car leur part reste fixe à 5 %.
Un autre problème : les formularies. Les assureurs peuvent décider de ne plus couvrir un médicament s’il est remplacé par une version moins chère. Si vous prenez Jardiance depuis des années et que votre médecin vous en prescrit un autre, vous pouvez vous retrouver à devoir changer de traitement. Ce n’est pas toujours facile, surtout pour les maladies chroniques. L’Arthritis Foundation a alerté sur ce risque : la négociation des prix ne doit pas nuire à l’accès aux traitements les plus adaptés.
Les médecins et les pharmacies : une réorganisation en cours
Les changements ne s’arrêtent pas aux patients. Les pharmacies doivent mettre à jour leurs systèmes de facturation, les médecins doivent ajuster leurs prescriptions, et les hôpitaux doivent réviser leurs stocks. Pour les médicaments administrés en clinique (partie B de Medicare, comme les traitements contre le cancer), la rémunération des médecins change aussi. Avant, ils étaient payés 6 % au-dessus du prix d’achat. Maintenant, ils sont payés 6 % au-dessus du prix négocié. Si le prix baisse, leur revenu baisse aussi. Certains groupes médicaux craignent que cela décourage la prescription de ces médicaments.
Les pharmacies ont dû former 78 % de leur personnel en 2025 pour gérer les nouveaux codes de tarification. C’est un travail énorme, mais nécessaire. Sans cette adaptation, les patients pourraient se voir refuser leur médicament à la pharmacie - ou se voir facturer le mauvais prix.
Les litiges et les résistances
Quatre fabricants de médicaments ont porté l’affaire devant les tribunaux, arguant que la négociation gouvernementale violait la Constitution. En août 2024, un juge fédéral a rejeté ces recours. Mais les entreprises ont annoncé qu’elles feraient appel. Cela signifie que les prix pourraient être remis en question en 2026 ou 2027. Pour l’instant, tout reste en vigueur. Les patients paient les nouveaux prix. Les assureurs appliquent les remises. Et les fabricants continuent de livrer les médicaments.
Et après 2026 ?
Le programme est conçu pour s’étendre. En 2027, 15 nouveaux médicaments entreront dans le processus. En 2028, il s’appliquera aussi aux médicaments administrés en clinique. Cela concerne des traitements pour le cancer, la sclérose en plaques, ou les maladies rares. Le nombre de médicaments négociés augmentera chaque année. Dans dix ans, plus de 100 médicaments pourraient être concernés.
Les économies cumulées pourraient atteindre 112 milliards de dollars d’ici 2031, selon le Bureau du budget du Congrès. Cela permettrait de financer d’autres services de santé, d’abaisser les primes, ou de réduire la dette fédérale. Ce n’est pas un simple ajustement de prix. C’est une réforme structurelle du système de santé américain.
Que faire si vous êtes concerné ?
- Consultez votre liste de médicaments couverts par votre plan Medicare en octobre 2025 : c’est la période où les formularies sont mis à jour.
- Comparez les prix de votre médicament avant et après le 1er janvier 2026 : si vous avez un copaiement fixe, vous devriez voir une baisse.
- Parlez à votre pharmacien : il peut vous dire si votre médicament est concerné par la négociation.
- Si votre médecin change de traitement, demandez pourquoi : est-ce une question de prix, ou de sécurité ?
Quels médicaments sont concernés par la négociation en 2026 ?
Les 10 médicaments sélectionnés pour 2026 sont : Eliquis (apixaban), Jardiance (empagliflozin), Xarelto (rivaroxaban), Farxiga (dapagliflozin), Enbrel (etanercept), Imbruvica (ibrutinib), Stelara (ustekinumab), Synjardy (empagliflozin/metformin), Trelegy (fluticasone furoate/umeclidinium/vilanterol) et Verzenio (abemaciclib). Ce sont tous des traitements pour des maladies chroniques, avec des dépenses annuelles supérieures à 1 milliard de dollars pour Medicare.
Pourquoi les fabricants acceptent-ils de négocier ?
Parce qu’ils n’ont pas le choix. Si un fabricant refuse de négocier, Medicare ne couvrira pas son médicament. Cela signifie qu’il ne sera plus remboursé pour des millions de patients. En 2026, Medicare couvre plus de 65 millions de personnes. Refuser de négocier, c’est se retirer du marché le plus lucratif du monde. Les entreprises ont donc choisi de négocier plutôt que de perdre des ventes.
Les génériques vont-ils remplacer les médicaments négociés ?
Pas forcément. Le programme ne concerne que les médicaments sans générique ni biosimilaire. Cela signifie que les fabricants peuvent continuer à vendre leurs versions originales, mais à un prix plus bas. Le but n’est pas de supprimer les marques, mais de les rendre abordables. Dans certains cas, les génériques arrivent après la négociation, ce qui crée une double baisse des prix.
Est-ce que ce système va s’appliquer aux autres pays ?
Pas directement. Mais il pourrait inspirer d’autres pays. L’Union européenne, le Canada et l’Australie ont déjà des systèmes de négociation. Ce qui est nouveau, c’est que les États-Unis - le pays avec les prix de médicaments les plus élevés au monde - viennent d’adopter une approche similaire. Cela pourrait forcer les fabricants à uniformiser leurs prix à l’échelle mondiale, ce qui réduirait les coûts partout.
Les assureurs privés vont-ils suivre les prix de Medicare ?
Oui, et beaucoup le font déjà. Les assureurs privés utilisent souvent les prix de Medicare comme référence. Si Medicare paie 40 % moins cher, ils vont demander le même prix à la même entreprise. C’est une pression indirecte, mais très efficace. En 2025, plusieurs assureurs ont annoncé qu’ils réduisaient leurs tarifs pour les mêmes médicaments que Medicare, sans attendre la loi.
Valentin Duricu
C'est quoi cette blague ? Le gouvernement négocie et soudain tout va mieux ? Les labos vont faire des dons maintenant ?
mars 12, 2026 AT 13:00