Vous avez lu un article qui dit qu’un médicament courant est « dangereux » ou « potentiellement mortel » ? Vous avez vu une vidéo sur TikTok qui affirme que votre traitement pour l’hypertension augmente le risque de crise cardiaque ? Avant de changer de traitement ou d’arrêter votre médicament, arrêtez-vous. Les reportages médiatiques sur la sécurité des médicaments sont souvent mal informés, exagérés ou carrément trompeurs. Et pourtant, 61 % des patients déclarent avoir modifié leur comportement médical après avoir lu un tel reportage. La plupart ne savent pas comment vérifier ce qu’ils lisent. Voici comment faire.
Ne confondez pas erreur médicamenteuse et réaction indésirable
La première erreur que font presque tous les médias : confondre une erreur médicamenteuse avec une réaction indésirable. Ce n’est pas la même chose. Une erreur médicamenteuse, c’est quelque chose qui aurait pu être évité : une mauvaise posologie, une erreur de transcription, un médicament prescrit en double. Une réaction indésirable, c’est un effet secondaire connu, parfois inévitable, même si tout a été fait correctement. Par exemple, un médicament contre l’hypertension peut causer une toux sèche chez 10 % des patients. Ce n’est pas une erreur. C’est un effet connu. Pourtant, un reportage peut dire : « Ce médicament a causé 120 décès » - sans préciser que 115 de ces cas étaient des erreurs de prescription, et non des effets du médicament lui-même. Vérifiez toujours : l’article distingue-t-il entre les deux ?
Recherchez les chiffres absolus, pas seulement les chiffres relatifs
Les médias adorent les chiffres relatifs. « Le risque de crise cardiaque augmente de 200 % » - ça fait peur. Mais si le risque initial était de 0,05 %, alors 200 % de plus, ça fait 0,15 %. Ce n’est pas négligeable, mais ce n’est pas non plus une épidémie. Un reportage de 2020 sur 347 articles a montré que seulement 38 % mentionnaient le risque absolu. Pour évaluer un reportage, cherchez toujours les deux : le risque relatif (« augmenté de X % ») ET le risque absolu (« de Y à Z sur 1 000 personnes »). Si vous ne trouvez que le pourcentage relatif, c’est un signal d’alarme.
Connaissez la méthode utilisée - et ses limites
Comment les chercheurs ont-ils découvert ce risque ? Il y a plusieurs façons. La plus courante dans les études médiatiques : l’analyse des dossiers médicaux (chart review). Mais cette méthode ne détecte que 5 à 10 % des erreurs réelles. Elle est utile, mais elle sous-estime massivement la réalité. Une autre méthode, appelée « trigger tool », utilise des indicateurs déclencheurs (comme une hausse soudaine de la créatinine) pour repérer des problèmes. Elle est plus efficace, mais elle demande du temps et des ressources. Les reportages qui ne mentionnent pas la méthode utilisée sont irresponsables. Et ceux qui présentent une étude basée sur des dossiers médicaux comme une preuve définitive de dangerosité sont trompeurs.
Les bases du système de signalement : FAERS et Uppsala
Vous avez vu un article qui dit : « 5 000 signalements d’effets secondaires pour ce médicament » ? Cela ne veut rien dire. Les systèmes comme FAERS (États-Unis) ou Uppsala (OMS) collectent des signalements spontanés. Ce sont des rapports de patients ou de médecins. Ils ne prouvent pas qu’un médicament a causé le problème. Ils enregistrent des associations. Environ 95 % des effets secondaires ne sont jamais signalés. Et 30 % des signalements concernent des événements qui n’ont aucun lien avec le médicament. Seule une étude contrôlée peut établir un lien de causalité. Pourtant, 56 % des reportages traitent ces données comme des preuves de danger. Vérifiez : l’article précise-t-il que les données viennent de signalements spontanés ? S’il ne le dit pas, il y a un problème.
Les sources fiables existent - utilisez-les
Les médias ne citent pas toujours les bonnes sources. Le Institute for Safe Medication Practices (ISMP) est une référence mondiale. Il publie chaque année une liste des abréviations dangereuses (comme « U » pour unité, qui peut être confondu avec « 4 »), des noms de médicaments qui se ressemblent, des doses à risque. Les médias qui consultent ISMP ont 43 % moins d’erreurs. L’Agence européenne des médicaments (EMA) publie des rapports trimestriels sur la sécurité des médicaments. L’Agence américaine des médicaments (FDA) a lancé en 2023 la plateforme Sentinel, qui analyse des données de santé réelles de 190 millions d’Américains. Si un reportage parle de sécurité médicamenteuse sans citer l’un de ces systèmes, il est probablement basé sur une étude de moindre qualité.
Les biais des médias : les différences entre les formats
Les journaux imprimés sont plus précis que les vidéos ou les réseaux sociaux. Une étude a montré que 62 % des articles du New York Times ou du Guardian expliquaient correctement la différence entre risque absolu et relatif. Pour les chaînes de télévision, ce chiffre tombe à 18 %. Sur TikTok ou Instagram, les erreurs atteignent 68 %. Pourquoi ? Parce que les reportages vidéo doivent être simples, émotionnels, rapides. Les chiffres complexes, les limites méthodologiques, les nuances - tout cela disparaît. Les articles écrits ont plus de place. Les réseaux sociaux, eux, sont conçus pour la viralité, pas pour la précision. Si vous voulez comprendre la réalité, privilégiez les articles longs, les revues scientifiques, les sites des agences de santé.
Les signaux d’alarme à ne jamais ignorer
- Le reportage utilise un titre sensationnel : « Ce médicament tue ! », « Le traitement qui détruit vos reins ».
- Aucune mention du nombre de patients étudiés ou de la durée de l’étude.
- Aucune référence à une source officielle (FDA, EMA, ISMP, WHO).
- Le médicament est présenté comme « le seul » responsable d’un effet, sans mention des autres facteurs (âge, autres médicaments, maladies).
- Les données viennent uniquement de signalements spontanés, sans étude contrôlée.
- Le reportage ne mentionne pas les bénéfices du médicament - seulement les risques.
Si vous voyez deux de ces signaux, le reportage est probablement trompeur. Si vous en voyez quatre ou plus, ignorez-le complètement.
Que faire après avoir lu un reportage alarmant ?
- Ne changez pas de traitement tout de suite. Arrêter un médicament sans avis médical peut être plus dangereux que le médicament lui-même.
- Recherchez l’étude originale. Cherchez le DOI (ex : 10.1001/jama.2021.1234) ou le PMID (ex : 34567890) dans l’article. Entrez-le sur PubMed ou Google Scholar.
- Lisez le résumé (abstract). Regardez le nombre de patients, la durée, la méthode utilisée.
- Consultez le site de l’EMA ou de la FDA. Entrez le nom du médicament dans leur base de données de sécurité.
- Parlez-en à votre médecin ou pharmacien. Ils ont accès aux données complètes et savent interpréter les risques dans votre contexte personnel.
Les médias ne sont pas vos médecins
Les reportages sur la sécurité des médicaments sont souvent bien intentionnés. Mais ils ne sont pas conçus pour vous aider à prendre une décision éclairée. Ils sont conçus pour attirer votre attention. Leur objectif n’est pas la précision scientifique, mais le clic, le partage, la réaction émotionnelle. La science de la sécurité médicamenteuse est complexe. Elle repose sur des millions de données, des méthodes rigoureuses, des années d’analyse. Un reportage de trois minutes ne peut pas la résumer. Vous avez le droit d’avoir peur. Mais vous avez aussi le droit de demander : « Et si je regardais la source ? »
Pourquoi les médias disent-ils que mon médicament est dangereux alors que mon médecin dit le contraire ?
Les médias s’appuient souvent sur des études ponctuelles ou des signalements isolés. Votre médecin, lui, considère votre situation globale : vos antécédents, vos autres médicaments, vos maladies chroniques, les bénéfices du traitement. Un médicament peut présenter un risque faible pour la population générale, mais être essentiel pour vous. Les médias parlent de risques en général. Votre médecin évalue les risques pour vous.
Les études sur les médicaments sont-elles fiables ?
Les bonnes études le sont. Les études bien conçues, avec des groupes de contrôle, un grand nombre de patients, et une analyse statistique rigoureuse, sont très fiables. Mais beaucoup d’études publiées dans les médias sont de petite taille, ou ne contrôlent pas les facteurs de confusion (comme l’âge ou les autres maladies). C’est pourquoi il faut toujours vérifier la méthode et la source. Les études publiées dans des revues comme JAMA, The Lancet ou BMJ sont généralement plus fiables que celles citées uniquement dans les journaux.
Les réseaux sociaux sont-ils plus dangereux que la télévision pour la désinformation sur les médicaments ?
Oui. Selon une analyse de 2023, 68 % des contenus sur TikTok et Instagram sur la sécurité des médicaments contiennent des erreurs majeures, contre 41 % pour les médias traditionnels. Les algorithmes favorisent les contenus émotionnels, les peurs et les affirmations catégoriques. Un post disant « Arrêtez ce médicament maintenant » reçoit 10 fois plus de partages qu’un post disant « Voici les données réelles, avec leurs limites ».
Qu’est-ce que le système « feu tricolore » pour la sécurité des médicaments ?
C’est un système utilisé par 63 % des agences de santé européennes pour classer les risques : vert (risque minimal), amber (risque modéré, surveillance nécessaire), rouge (risque grave, nécessite une action immédiate). Il aide à éviter la panique. Mais seulement 27 % des reportages médiatiques l’utilisent. Si un article dit « ce médicament est dangereux » sans préciser le niveau de risque, il manque une information essentielle.
Les IA génératives créent-elles des faux reportages sur les médicaments ?
Oui. Une étude de Stanford en 2023 a montré que 65 % des articles sur la sécurité des médicaments générés par des IA contenaient des erreurs importantes - notamment sur les doses, les interactions, ou les statistiques de risque. Ces erreurs sont souvent subtiles, mais elles peuvent être dangereuses. Si un article semble trop simple, trop dramatique, ou trop bien écrit sans source claire, il pourrait être généré par une IA.
Prochaines étapes : comment rester informé sans tomber dans le piège
Abonnez-vous aux bulletins de l’EMA ou de la FDA. Ils publient des mises à jour claires, sans sensationnalisme. Suivez les comptes officiels des agences de santé sur les réseaux sociaux - ils utilisent le feu tricolore, ils citent les études, ils expliquent les limites. Si vous êtes patient, demandez à votre pharmacien de vous envoyer un résumé mensuel des mises à jour de sécurité. Et surtout, n’agissez jamais sur un seul reportage. Attendez que plusieurs sources fiables confirment un risque avant de changer quoi que ce soit.