Dong Quai et Warfarine : Risque accru de saignement

Dong Quai et Warfarine : Risque accru de saignement

Si vous prenez de la warfarine pour prévenir les caillots sanguins, évitez le Dong Quai. Ce complément herbacé, souvent utilisé pour les symptômes menstruels ou ménopausiques, peut augmenter de façon dangereuse le risque de saignements. Ce n’est pas une hypothèse théorique : des cas cliniques réels, des études et des alertes des grands hôpitaux confirment ce danger.

Qu’est-ce que le Dong Quai ?

Le Dong Quai, ou Angelica sinensis, est une plante utilisée en médecine traditionnelle chinoise depuis plus de 2 000 ans. On la surnomme parfois « ginseng féminin » parce qu’elle est couramment prescrite pour les troubles gynécologiques : règles douloureuses, syndromes prémenstruels, ou bouffées de chaleur à la ménopause. Elle pousse principalement dans la province de Gansu, en Chine, où 70 % de la production mondiale est récoltée. En France et aux États-Unis, elle est vendue sous forme de gélules, de teintures ou de poudres, souvent dans les magasins de produits naturels.

Malgré son image de « remède doux », le Dong Quai contient des composés actifs comme la ferulique et l’osthole, des dérivés de coumarine. Ce sont les mêmes molécules que celles présentes dans la warfarine - un médicament conçu pour fluidifier le sang. C’est cette similitude qui rend leur combinaison risquée.

Comment la warfarine fonctionne-t-elle ?

La warfarine est un anticoagulant oral, prescrit à plus de 30 millions de personnes aux États-Unis chaque année. Elle agit en bloquant la synthèse des vitamines K dépendantes, des protéines essentielles à la coagulation du sang. Pour éviter les caillots sans provoquer de saignements, les médecins surveillent un taux appelé INR (International Normalized Ratio). Un INR entre 2 et 3 est généralement ciblé. Au-delà de 4, le risque de saignement grave augmente brusquement.

La warfarine a un indice thérapeutique étroit : la différence entre une dose efficace et une dose dangereuse est mince. Même une petite variation dans la façon dont le corps la métabolise peut faire basculer un patient dans l’urgence.

Comment le Dong Quai interfère-t-il avec la warfarine ?

Le Dong Quai n’augmente pas simplement la concentration de la warfarine dans le sang - il agit directement sur la coagulation. Deux mécanismes sont en jeu :

  1. Effet additif sur la coagulation : les composés du Dong Quai inhibent l’agrégation plaquettaire, ce qui empêche les plaquettes de se coller entre elles pour former un caillot. Cela renforce l’effet de la warfarine sans qu’il y ait besoin de plus de médicament.
  2. Potentielle inhibition métabolique : certaines études in vitro suggèrent que le Dong Quai pourrait ralentir la dégradation de la warfarine par les enzymes du foie (CYP2C9, CYP3A4). Cela pourrait faire augmenter sa durée d’action de 20 à 80 heures, ce qui est très problématique.

Une étude publiée dans le British Journal of Clinical Pharmacology en 2015 a montré que, même sans augmentation du taux de warfarine dans le sang, le Dong Quai allongeait le temps de prothrombine - un indicateur clé de la capacité du sang à coaguler. Autrement dit : le corps réagit comme s’il recevait plus de warfarine, même si la dose n’a pas changé.

Des preuves cliniques et des cas réels

Les preuves ne viennent pas seulement des laboratoires. Des cas concrets ont été rapportés :

  • Un patient de 72 ans aux États-Unis a vu son INR passer de 2,8 à 5,1 après avoir commencé du Dong Quai pour ses bouffées de chaleur. Il a dû être hospitalisé.
  • Sur le forum HealthUnlocked, 23 patients ont signalé des saignements inexpliqués ou des INR instables après avoir pris du Dong Quai. En moyenne, leur INR a augmenté de 1,7 point.
  • Le PLOS ONE a recensé 306 interactions documentées entre des herbes chinoises et des anticoagulants. Le Dong Quai figure parmi les plus à risque.

Les hôpitaux ne prennent pas cela à la légère. La Cleveland Clinic recommande explicitement d’éviter le Dong Quai chez les patients sous warfarine. L’University of California San Diego le classe dans la catégorie « Risque accru de saignement », aux côtés de l’ail, du gingembre, du ginkgo et de l’huile de poisson.

Patient à l'hôpital avec INR élevé, structures moléculaires de Dong Quai et warfarine en suspension dans l'air.

Les risques ne s’arrêtent pas à la coagulation

Le Dong Quai n’est pas seulement un perturbateur de la coagulation. Il possède aussi des propriétés œstrogéniques. Des études en laboratoire montrent qu’il stimule la croissance de cellules cancéreuses du sein sensibles aux œstrogènes. Pour une femme ayant eu un cancer du sein hormone-dépendant, prendre du Dong Quai pourrait être dangereux, même si elle ne prend pas de warfarine.

Cela signifie que même si vous n’êtes pas sous anticoagulant, ce complément peut poser des problèmes. Et si vous êtes sous warfarine, vous êtes exposé à deux risques en même temps : saignements et stimulation tumorale.

Que font les médecins et les autorités ?

Les grandes institutions médicales sont unanimes :

  • La Cleveland Clinic : « Évitez le Dong Quai chez les patients sous warfarine, en raison du manque de données de sécurité. »
  • L’American Heart Association : le classe comme « herbe à haut risque » pour les anticoagulés.
  • L’European Medicines Agency : exigera à partir de janvier 2025 une mention explicite sur les étiquettes des produits contenant du Dong Quai, avertissant de l’interaction avec la warfarine.

Le problème ? Les patients ne savent pas. Une enquête du National Center for Complementary and Integrative Health en 2022 a révélé que 68 % des personnes prenant de la warfarine ne connaissent pas les risques liés aux herbes chinoises. Pourtant, 82 % disent qu’elles arrêteraient si on les en informait.

Que faire si vous prenez déjà du Dong Quai ?

Ne l’arrêtez pas brutalement. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien. Voici ce qu’il faut faire :

  1. Ne prenez plus de Dong Quai. Même une seule prise peut modifier votre INR.
  2. Prévenez votre médecin. Il doit vérifier votre INR dans les 3 à 5 jours après l’arrêt du complément.
  3. Ne remplacez pas le Dong Quai par une autre herbe. L’ail, le gingembre, le ginkgo, la curcumine - tous ont le même risque.
  4. Si vous avez besoin d’un soulagement pour vos symptômes ménopausiques, demandez une alternative sûre : phytothérapie validée, traitements hormonaux non-estrogéniques, ou approches non médicamenteuses.

La plupart des produits de Dong Quai ne sont même pas standardisés. Un lot peut contenir 8 fois plus de composés actifs qu’un autre. Vous ne savez jamais ce que vous prenez réellement.

Femme hésitant entre Dong Quai et soja fermenté, auréoles de risques médicaux flottant autour d'elle.

Le marché continue de croître - malgré les avertissements

Le marché mondial du Dong Quai a augmenté de 9,7 % entre 2020 et 2022. En Amérique du Nord, les ventes ont grimpé de 14,2 % par an. Pourquoi ? Parce que les gens cherchent des solutions naturelles. Mais la nature n’est pas toujours sûre, surtout quand elle croise la médecine moderne.

Le Dong Quai est vendu comme un complément alimentaire, donc il échappe à la régulation stricte des médicaments. Il n’a pas besoin de prouver son efficacité ou sa sécurité avant d’être mis en vente. C’est un vide juridique qui met les patients en danger.

Les alternatives sûres

Si vous cherchez à soulager les symptômes de la ménopause ou des règles douloureuses, il existe des options sans risque :

  • Le soja fermenté (riches en isoflavones) : étudié pour la ménopause, sans effet anticoagulant.
  • La chélidoine : utilisée en phytothérapie pour les douleurs menstruelles, sans interaction connue avec la warfarine.
  • Les techniques non médicamenteuses : yoga, respiration contrôlée, thermothérapie - efficaces et sans risque.

La clé ? Ne pas remplacer un médicament par une herbe. Trouver une alternative compatible avec votre traitement.

Comment protéger votre santé

Voici ce que vous devez toujours faire si vous prenez de la warfarine :

  • Informez votre médecin de TOUT ce que vous prenez : vitamines, herbes, tisanes, produits naturels.
  • Ne commencez jamais un nouveau complément sans validation médicale.
  • Surveillez vos signes de saignement : gencives qui saignent, ecchymoses inexpliquées, urine rougeâtre, selles noires, maux de tête sévères.
  • Considérez chaque complément comme un médicament - même s’il est « naturel ».

La guérison naturelle ne doit pas devenir un risque médical. Votre sécurité ne se négocie pas.

Le Dong Quai peut-il être pris en toute sécurité avec d’autres anticoagulants comme le Xarelto ou l’Eliquis ?

Même si les données sont moins nombreuses, il est fortement déconseillé. Le Dong Quai agit sur la coagulation par des mécanismes indépendants de la warfarine. Il inhibe les plaquettes, ce qui augmente le risque de saignement avec tous les anticoagulants, qu’ils soient de type INR (warfarine) ou anti-Xa (Xarelto, Eliquis). Aucun anticoagulant moderne n’est « sûr » avec le Dong Quai.

Combien de temps après l’arrêt du Dong Quai le risque diminue-t-il ?

Les effets du Dong Quai peuvent durer jusqu’à 7 jours après l’arrêt, car ses composés sont stockés dans le foie et libérés progressivement. Le meilleur conseil : attendez 10 à 14 jours avant de faire un contrôle d’INR. Votre médecin pourra alors évaluer si votre dose de warfarine doit être ajustée.

Le Dong Quai est-il interdit en France ?

Non, il n’est pas interdit. En France, comme aux États-Unis, il est classé comme complément alimentaire, donc il peut être vendu librement. Mais depuis janvier 2025, les produits vendus dans l’Union européenne doivent porter un avertissement sur les interactions avec les anticoagulants. Ce n’est pas une interdiction - c’est une alerte.

Pourquoi les médecins ne parlent-ils pas plus souvent de cette interaction ?

Parce que les patients ne le mentionnent pas. Beaucoup pensent que les herbes sont « sans danger » ou ne les considèrent pas comme des médicaments. Les médecins ne peuvent pas deviner ce que vous prenez. C’est à vous de les informer - même si vous pensez que ce n’est pas important. Un simple « je prends du Dong Quai » peut éviter une hospitalisation.

Y a-t-il des études en cours pour mieux comprendre cette interaction ?

Oui. En 2022, les Instituts nationaux de la santé américains ont financé un essai clinique à l’Université de l’Illinois, impliquant 120 volontaires sains. Les résultats, attendus en 2024, devraient quantifier précisément l’effet sur l’INR et la métabolisation de la warfarine. Mais en attendant, les preuves existantes sont suffisantes pour recommander l’évitement total.

Commentaires (6)

  • Nicole Frie

    Nicole Frie

    Ben voyons, encore une fois on nous dit que la nature c’est dangereux… mais le paracétamol, lui, c’est un médicament « sûr » ? Tant qu’on va pas interdire les gélules de Dong Quai, on va continuer à avoir des gens qui se font saigner comme des porcs parce qu’ils ont cru que « naturel » = « inoffensif ».

    janvier 2, 2026 AT 10:20
  • vincent PLUTA

    vincent PLUTA

    Je suis pharmacien depuis 22 ans, et je peux vous dire que cette interaction est l’une des plus sous-estimées. J’ai eu un patient qui a pris du Dong Quai pendant 3 semaines pour ses bouffées de chaleur, sans rien dire à son médecin. INR passé de 2,4 à 6,1 en 10 jours. Il a failli perdre un pied. Ce n’est pas de la théorie, c’est de la pratique quotidienne. Si vous prenez de la warfarine, dites à votre médecin tout ce que vous avalez, même si c’est une tisane achetée sur un marché. La nature n’est pas votre amie - elle est juste indifférente.

    janvier 3, 2026 AT 09:48
  • Clio Goudig

    Clio Goudig

    Quelle surprise. Encore un article qui fait peur pour vendre du médicament. Tout le monde sait que les herbes chinoises sont dangereuses. Mais qui lit les études ? Personne. Les gens veulent une solution facile, pas une liste de 15 avertissements. Et puis, vous avez vu le prix des pilules de warfarine ? Ça coûte plus cher qu’un café par jour. Moi, je préfère mon Dong Quai, merci.

    janvier 5, 2026 AT 02:00
  • Dominique Hodgson

    Dominique Hodgson

    Les Français sont des lâches. Ils veulent tout : être en bonne santé sans rien faire, prendre des herbes, des vitamines, des tisanes, et puis dire que c’est la médecine occidentale qui est mauvaise. Le Dong Quai ? C’est du folklore chinois. Et vous avez vu la qualité des produits ? Des trucs vendus dans des magasins de quartier avec des étiquettes en chinois et une date de péremption qui date de 2019. Faut arrêter de croire aux contes de fées. La science, c’est la guerre. Et on gagne pas avec des feuilles.

    janvier 6, 2026 AT 22:20
  • Yseult Vrabel

    Yseult Vrabel

    STOP. J’AI ARRÊTÉ LE DONG QUAI. ET JE ME SUIS SENTIE COMME UNE NOUVELLE FEMME. Pas de bouffées de chaleur ? OK. Mais pas de saignements non plus. J’ai testé le soja fermenté, le yoga, et j’ai même commencé à respirer comme dans les vidéos de TikTok. Et devinez quoi ? J’ai moins mal aux reins, moins de fatigue, et surtout, mon INR est stable. La nature ne vous tue pas - c’est l’ignorance qui tue. Merci pour cet article. Je vais le poster dans tous les groupes de ménopausées que je connais.

    janvier 7, 2026 AT 19:44
  • Bram VAN DEURZEN

    Bram VAN DEURZEN

    Il est regrettable que la vulgarisation scientifique soit réduite à un discours alarmiste, dépourvu de nuance. Les études in vitro ne sauraient être extrapolées à la clinique sans études contrôlées randomisées. De plus, la variabilité inter-individuelle du métabolisme du CYP2C9 est bien documentée, mais l’effet additif du Dong Quai sur la coagulation reste quantitativement marginal dans la plupart des cas. L’alerte de l’EMA est légitime, mais la stigmatisation des compléments alimentaires est un piège idéologique qui nuit à la liberté de choix thérapeutique.

    janvier 9, 2026 AT 11:28

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